Magazine Transatlantique - octobre 2012

 

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Numéro spécial 2012

Octobre 2012

15e année

Marie-Josèphe Angélique

 

Rencontre entre l’actrice Rachel Mwanza
du film « Rebelle » avec les Congolais de Montréal

 


L’actrice Rachel Mwanza autographiant l’affiche du film en présence de son producteur Pierre Even (photo Bony Mushagalusa)

Le 19 février 2012, au Festival de Berlin, Rachel Mwanza, 16 ans, a reçu le Prix d’interprétation fé­mi­nine pour son rôle principal dans le film « Re­belle » du Qué­bé­cois Kim Nguyen dont le père était d’o­ri­gine vietnamienne.  Elle devenait ainsi la pre­mière Con­golaise et la première Africaine à recevoir un tel hon­neur auquel il fallait ajouter la dési­gnation le 20 février 2012 par la Ville de Montréal de la Place Marie-Josèphe Angélique, une esclave noire condam­née injustement et exé­cu­tée en 1734, et la fête du Pré­si­dent Obama con­sa­crée aux légendes du blues pré­si­dée par le rocker Mick Jagger qui avait dit qu’il devait beaucoup à la musique noire américaine née à Con­go Square à la Nouvelle-Orléans, pour faire dire à plusieurs spé­cia­listes que malgré son désordre actuel, le Congo est un grand pays qui peut retrou­ver sa gran­deur du passé dans l’avenir.

Une ancienne enfant de la rue de Kinshasa

Nous avons couvert pour le Magazine Tran­sa­tlan­tique le lancement au Québec à Montréal le 19 avril du film « Rebelle ».  Nous avions remarqué que mal­heu­reusement, il y avait très peu de Noirs dans la salle, et encore moins de Congolais, pour­tant très con­cernés par l’histoire du film traitant des enfants sol­dats et que parmi les acteurs, il y avait des per­sonnes montréalaises d’origine haïtienne ou con­go­laise.  On pouvait remarquer la présence de Madame Géraldine Lechêne, directrice générale de Vues d’A­frique, un organisme au sein duquel elle évo­lue depuis plus de 25 ans avec son père Gérald, et qui or­ga­nise chaque année un festival inter­na­tio­nal de films afri­cains et créoles.  Pour son  25e anni­versaire en 2011, Vues d’Afrique avait ouvert son festival avec un documentaire tourné au Congo comme le film « Re­belle » par un cinéaste alle­mand, Martin Bauer, in­titulé « Kinshasa Sym­pho­ny » traitant de la for­ma­tion à partir de rien de l’or­chestre symphonique de l’É­glise Kimbangiste, la deu­xième du Congo, par Armand Diangenda, petit-fils du fondateur Simon Kim­bangu.  C’est l’un des rares orchestres sym­pho­niques en Afrique sub­sa­ha­rienne, et son équipe arrive à fabriquer des ins­tru­ments avec du matériel local qui ne peut plus se payer en Europe en raison de la crise éco­nomique au pays.  Ce génie congolais qu’on retrouve chez la jeune actrice Rachel Mwanza, passée de la rue à la gloire.  Abandonnée par sa mère partie pour l’An­go­la, Rachel Mwanza a grandi dans les rues de Kinshasa tout en gardant contact avec sa grand-mère qui n’avait pas beaucoup de moyens pour s’oc­cu­per d’elle.  Un cinéaste belge travaillant sur les enfants de la rue avait remarqué son talent excep­tion­nel et l’avait recommandée à l’équipe du film « Re­belle », mais elle a dû quand même subir les mêmes au­di­tions que plus de mille autres filles de son âge, et elle fut choisie par le comité de sélection.  Elle devait rapi­dement apprendre les rudi­ments du français que les autres concurrentes maî­trisaient, puisque contrai­rement Rachel Mwanza, celles-là étaient scolarisées.  C’est grâce à sa capacité de jouer et de se mettre dans dif­fé­rentes situations qu’elle a gagné.  L’équipe ne s’était pas trompée, puisque sitôt qu’elle a participé à un premier festival à Berlin, elle a remporté un grand prix, puis un autre aux États-Unis, et comme l’ont re­mar­qué les Congolais qui l’ont rencontrée à Montréal, elle en remportera encore d’autres.

Une communauté congolaise qui se fait remarquer de plus en plus

L’actrice Rachel Mwanza a été reçue avec son pro­duc­teur Pierre Even des Films Item 7 au sous-sol de l’É­glise Notre-Dame-des-Anges sur le bou­levard Gouin, en face de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Mon­tréal.  C’est dans la même église où s’était dérou­lée la messe au rite catholique congolais que nous avions orga­nisée en présence de plusieurs mi­nistres, dont Marguerite Blais du Québec, de plu­sieurs députés dont Maka Kotto d’origine camerounaise, de plu­sieurs diplomates dont le Consul général des États-Unis à Montréal, et du maire de l’Arrondissement Ahuntsic-Cartierville Monsieur Pierre Gagnier.  Cette messe fut diffusée par la télévision de Radio-Canada et en hommage à Mathieu DaCosta, cofondateur du Canada et à Marie-Josèphe Angélique, esclave noire dont les parents étaient originaires de l’ancien Royaume du Congo et pour lesquels on a fait nom­mer des places au Québec. La même messe a permis à la communauté catholique congolaise de Montréal de se faire remarquer dans tout le Canada fran­co­phone, et fait réaliser à la majorité des Québécois fran­cophones du Canada ce qui les lie au peuple con­go­lais qui est comme eux en majorité catho­lique et fran­cophone.  La messe fut célébrée par l’Abbé Jean-Chry­sostome Zoloshi, d’origine congolaise, curé de la paroisse et qu’on vient de charger de mettre au point une paroisse africaine de Montréal. Il est secondé par l’abbé Jean-Louis Nvougbia, originaire du Congo Brazzaville.

Avec comme modérateur Monsieur Emongo Lomom­ba, écrivain et professeur, la rencontre avec l’ac­trice fut très chaleureuse, d’autant plus qu’elle avait l’oc­ca­sion de s’exprimer dans sa langue ma­ternelle, le lin­gala, et qu’on a pu lui donner des adresses pour trou­ver des aliments pour préparer des repas con­golais : Rachel Mwanza est prise en charge par l’é­quipe du film « Rebelle » jusqu’à ce qu’elle ait 19 ans pour son logement, son alimentation à Kinshasa, et pour ses voyages à l’étranger. Dans la salle, il y avait plusieurs personnalités congolaises, dont le pro­fes­seur Jean M’Pania, psychiatre, Monsieur Paul Kanamby, politologue, Monsieur Chirha, historien, et l’Ab­bé Dominique Mulume, curé de la Paroisse Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle, Monsieur Kabeya, l’un des responsables du Parti Projet Montréal et Mon­sieur Jean Marie Mousenga, président de la Com­munauté congolaise de Montréal.  Il y avait aussi quelques amis africains dont Monsieur Jean-Paul Bongo de la Radio CIBL depuis 30 ans et Monsieur Guy Amou qui organise un salon du livre africain à Mon­tréal.  Il faut signaler que la communauté con­go­laise a produit des personnalités importantes au Qué­bec, dont Monsieur Fassi Kafyeke, concepteur de plu­sieurs avions de Bombardier, le professeur Kadima Nzuzi, l’un des pionniers de la robotique au Qué­bec, Monsieur Daniel Kabasele, ancien directeur d’é­cole et conseiller municipal à Châteauguay, M. Kasek, professeur et le doc­teur Likongo, très engagé dans la communauté avec qui nous avons récemment pleuré le docteur Mupenda, gynécologue, et Monsieur Kalunda, ensei­gnant et beau-père du député québécois François Rébello, tous deux décédés cette année.  Le film Rebelle a été chois pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie des Films en langues étrangères et a été projeté à Kinshasa lors du Sommet de la Francophonie d’octobre 2012.

 

Andrée Dubois


 


Jean-Marc Fournier (Député de Saint-Laurent et Ministre de la Justice et Procureur général)

 

Pierre Gagnier, maire d'Ahuntsic-Cartierville


 

 

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