Magazine Transatlantique - octobre 2012

 

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Numéro spécial 2012

Octobre 2012

15e année

Marie-Josèphe Angélique

 

Hommage de lՎcrivaine Marie CŽlie Agnant
ˆ la doyenne Ghislaine Charlier

 


 

Il nÕest un secret pour personne que la vie de Ghislaine Charlier est faite de courage et dÕengagement.  Per­son­nel­lement, ce qui mÕa toujours attirŽe chez elle est sa force de rŽ­sis­tance, sa stature de battante et cette exigence absolue qui est sa marque, pour clamer ce que lÕon sÕobstine ˆ oc­cul­ter, dire ce qui doit tre dit.

 

JÕadmire aussi chez Ghislaine, cette simplicitŽ et cette so­briŽtŽ qui ne se dŽmentent jamais, qui ont toujours ŽtŽ la sienne dans le quotidien,  tout cela, alliŽ ˆ une extra­or­dinaire gŽnŽ­ro­sitŽ.  Ghislaine est celle qui offre la main grande ouverte, tou­jours un paquet ˆ expŽdier ici ou lˆ, une somme dÕargent ˆ offrir pour une cause, un livre ou mme des livres ˆ vous pro­poser.  Notre relation sÕest surtout for­ti­fiŽe autour de cette passion commune pour la chose Žcrite et une apprŽ­cia­tion mutuelle.  En effet, sÕil y a quelquÕun qui, ds mes pre­miers pas dans le monde de la littŽrature, nÕa ja­mais mŽnagŽ ses encouragements et manifestŽ un vif intŽrt pour le dŽ­ve­lop­pement de mon travail, mes voyages, mes prŽ­sentations, cÕest bien Ghislaine Charlier.

 

Pour parler plus prŽcisŽment et rapidement de son travail on peut dire que chez Ghislaine, les figures de la journaliste et celle de la polŽmiste ont souvent ŽclipsŽ celle de la ro­man­cire.  Ses titres, en littŽrature, ne sont pas nombreux, tan­dis quÕelle a publiŽ tout au long de sa vie un nombre im­pres­sion­nant de textes, dans diffŽrents hebdomadaires reliŽs ˆ Ha•ti;  toute une vie donc, au service de sa passion pour son pays de naissance et son histoire. 

 

Cette passion pour la chose Žcrite et pour Ha•ti a cer­tai­ne­ment dictŽ a Ghislaine son choix de consacrer plusieurs an­nŽes ˆ lՎlaboration dÕune anthologie sur la littŽrature ha•­tienne, parue en deux tomes.  Le premier volume met ˆ la por­­tŽe des lecteurs les textes de 1859 ˆ 1946, et le second, la pŽ­riode allant de 1946 ˆ 1967. Mais cÕest dans un roman, MŽ­moires dÕune affranchie, publiŽ en 1989, aux Žditions du MŽ­ridien, que Ghislaine nous donne  preuve sÕil en fallait de cette ma”trise parfaite de son art dՎcrivain, de ses dons de nar­­rateur.  Il sÕagit dÕun texte  ˆ la fois littŽraire et his­to­rique, ŽlaborŽ, donc, dans un entre –deux entre fiction et his­­toire, une Īuvre qui explore le passŽ mais dont la di­men­sion politique et prospective se fait Žvidente.

 

Un des derniers titres de Ghislaine, paru aux Žditions Sorhica en 2003, Des lieux, des faits et des hŽros, rŽunit de ma­­nire Žvidente et harmonieuse, la mŽmorialiste, la rŽsis­tante, et lÕauteure.  Il sÕagit dÕextraits du dictionnaire sur Ha•ti de Semexan Rouzier, que Ghislaine choisit de mettre ˆ la portŽe de tous, et ˆ lÕoccasion de 2004, explique-telle dans son introduction, ce qui concerne les annŽes 1802 et 1803.  Offrir au public les pionniers de lÕhistoire et de la gŽo­­­graphie dÕHa•ti est le meilleur moyen, poursuit lÕauteur, tou­­­jours dans lÕintroduction, de cŽlŽbrer le 200e anni­ver­saire de lÕIndŽpendance.  Une position certes, mille fois plus noble et digne que celle de tous les supposŽs intellectuels qui sՎtaient, ˆ cette mme Žpoque ˆ laquelle Madame Charlier sÕattelait ˆ la publication de cet ouvrage, alliŽ aux forces Žtrangres, la France, en tte, pour refuser ˆ Ha•ti la cŽlŽ­bration de son indŽpendance.  Il est vrai que le bruit court quÕils ont ŽtŽ largement rŽcompensŽ de leurs efforts. JÕai dŽbutŽ cette prŽsentation en soulignant lÕextrme sobriŽ­tŽ de Ghislaine Charlier qui dÕailleurs a toujours man­gŽ depuis que je la connais il y a quand mme plus de 3 dŽ­cen­nies comme mange un colibri.

 

QuÕelle emprunte la plume de la journaliste ou celle de la roman­cire, le ton demeure juste, la plume acŽrŽe, et ferme, la posture de la sentinelle, qui Žcrit, non pas pour plaire mais dire ce qui doit tre dit, dÕune plume qui ne se mŽnage cer­tainement  pas le plaisir de lÕhumour et du sarcasme.  Disons donc, pour terminer, que, guidŽe par sa passion pour lÕhist­oire en gŽnŽral et en particulier celle dÕHa•ti, Madame Char­lier ˆ mon avis fait le choix non pas de rŽpŽter indŽ­fi­ni­ment  le mme livre sous dÕautres formes mais de se mettre au service de lÕhistoire en publiant des textes diffŽrents avec le mme but, celui de la dŽfendre, de la donner ˆ conna”tre, de la faire aimer.  CÕest ce mme choix qui lui a dictŽ en 2004, la brochure contre lÕoccupation dans laquelle il y a le texte Į Aimer son pays et son peuple Č.

 

Il est souvent difficile de trouver des Žcrivains dont la per­sonne et lÕĪuvre quÕils construisent mŽritent lÕun et lÕautre lÕes­time et lÕadmiration.  CÕest pourtant le cas de Ghislaine Char­lier et je suis aujourdÕhui trs honorŽe dÕavoir pu par­ti­ci­per ˆ cet hommage envers elle, pour son courage au quo­ti­dien, pour cette vie fŽconde, au service dÕHa•ti, pour cet es­prit libre et fort qui est le sien, une femme engagŽe et non pas du bout des lvres, une intellectuelle rebelle aux normes et aux dogmes. Pour les gens de ma gŽnŽration, Ghislaine de­meure un modle, une Žcrivaine sans frontire, cons­tam­ment ˆ lՎcoute de son pays et de son histoire. Une Žcrivaine pour qui Žcrire nÕest pas une profession, ni un mŽtier, en­core moins la garantie dÕun statut social, mais une vocation.

 

NB – Cet hommage a eu lieu au Centre Narive ˆ MontrŽal lors dÕune foire du livre ha•tien o Madame Marie-CŽlie Agnant Žtait entourŽe de plusieurs auteurs et Žcrivains ha•tiens connus ˆ MontrŽal.

 

 

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