Magazine Transatlantique

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Condoleezza Rice a imprimé en quelques mois sa marque à la diplomatie américaine :
c’est un bon hommage à Rosa Parks, la mère du Mouvement des Droits civiques qui vient de mourir



Par Kanyurhi T. Tchika,
président et éditeur du Magazine Transatlantique qui a publié le 27 septembre 2005 un article dans le quotidien Le Droit d’Ottawa pour rendre hommage à Mme Michaëlle Jean lors de son assermentation comme gouverneur général du Canada

En avril 1991, j’étais de la délégation américaine au premier Sommet entre les chefs d’États africains et de hauts responsables noirs américains à Abidjan en Côte d’Ivoire où le président Houphouêt-Boigny, nous avait donné la possibilité d’acquérir la nationalité ivoirienne. Dans son discours, le Révérend Sullivan, qui conduisait la délégation américaine avait rendu hommage aux héros des Noirs américains dont William Dubois, Marcus Garvey, Martin Luther King. Quand il cita le nom de Rosa Park, une dame s’était mise debout et a entonné le « We shall overcome » pour saluer celle qui est considérée comme la mère du Mouvement des Droits civiques qui allait faire connaître Martin Luther King et grâce auquel Condoleezza Rice peut aujourd’hui occuper des fonctions aussi importantes au sein du gouvernement américain.

Mme Rice, Secrétaire d’État américaine, fait sa première visite officielle au Canada.

D’aucuns trouvent que cette visite est trop tardive d’autant plus que le Canada et les États- Unis sont les plus importants partenaires commerciaux du monde avec des échanges de plus de 1 milliards par jour. Des spécialistes affirment que Mme Rice a dû annuler sa première visite prévue en avril dernier à cause du fait que le Canada a trop hésité avant d’annoncer qu’il ne participerait pas au programme de Bouclier anti-missile des Américains. Ceci montre la forte personnalité de Mme Rice qui est en train d’imprimer sa marque à la diplomatie américaine surtout qu’elle a la confiance totale du Président Bush.

Une femme surdouée

Mme Condoleezza Rice, fille d’un pasteur protestant et d’une mère enseignante de l’État de l’Alabama et qui a souffert de la ségrégation raciale durant sa jeunesse est entrée à l’université à 16 ans et en est sortie à 26 ans avec un doctorat en sciences politiques. Elle fut retenue pour enseigner à l’université Stanford où elle apprit le Russe en devenant spécialiste de l’Union soviétique. En 1988, le président George Bush père la recruta dans son équipe de conseillers à la Sécurité nationale. Elle s’occupait des dossiers de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est. Mme Rice a donc été aux premières loges et a activement participé à la stratégie qui a mené à la chute du communisme. Quand Bush père fut battu en 1992, Mme Rice retourna à l’université où elle occupa un poste de vice-recteur et se retrouva au conseil d’administration de la pétrolière Chevron. Elle en deviendra millionnaire et même l’un des bateaux du pétrolier portera son nom jusqu’à son retour en politique Bush fils.

Mme Rice a obtenu le droit de vote pour les femmes du Kuwait, a soulevé la question du racisme au Brésil et a contribué à la décision d’annulation par le G8 de la dette de plusieurs pays africains

On raconte que c’est en 1998 que Bush père organisa une rencontre entre Mme Rice et son fils alors gouverneur du Texas et qui s’apprêtait à se lancer dans la campagne présidentielle. Il semble que le courant est rapidement bien passé entre la Noire surdouée ouverte sur le monde et le fils de bonne famille ambitieux. Devenu président, Bush fils avouera que Mme Rice a le don d’expliquer en des termes simples des concepts très compliquées. Il la nomma sa conseillère pour la Sécurité nationale. C’est un poste clé dont le titulaire est la première personne que reçoit le président le matin et la dernière le soir. Ce poste fit de Mme Rice la femme la plus puissante du monde. Pour la réélection du président Bush, Mme Rice s’était surtout impliquée en allant convaincre des membres des églises noires de se rallier à son candidat alors que les Noirs votent majoritairement pour les Démocrates. Elle a en partie réussi en faisant doubler l’appui des Noirs aux Républicains.

Pour le nouveau mandat du président Bush, Mme Rice s’est vue confier le prestigieux poste de Secrétaire d’État qu’occupait son mentor Colin Powell, premier Noir à avoir eu pareille position, mais qui n’était pas un intime du Président Bush. Au poste de Secrétaire d’État, Mme Rice est en train d’imprimer sa marque à la diplomatie américaine.

On se souviendra de sa première visite officielle à Paris et à l’Otan où elle a remis tout le monde à l’ordre, mais avec beaucoup de grâce. À Paris, la classe politique française se dispute son attention et même sa supposée amitié. Certains Africains trouvent en cela une véritable revanche sur l’histoire : une gifle à une certaine condescendance envers les Noirs.

Des étudiantes de la Corée du Sud ont formé une délégation pour aller accueillir Mme Rice à l’aéroport : elles étaient fières de trouver une femme non blanche à un poste si important dans la première puissance mondiale.

Mme Rice a convaincu le gouvernement du Kuweit d’accorder le droit de vote aux femmes avant de recevoir son ministre des Affaires étrangères à Washington : c’est un exploit si on se souvient que Bush père qui avait rétabli la souveraineté du Kuweit en faisant la guerre à l’Irak, n’avait pas réussi à y introduire les droits des femmes.

On se souviendra aussi que Mme Rice avait annulé une visite en Égypte à cause de l’emprisonnement d’un opposant politique et d’aucuns pensent que se sont ses pressions qui ont poussé le régime égyptien à organiser ses premières élections pluralistes.

Lors de son premier voyage officiel en Afrique, Mme Rice a reçu un accueil délirant. Des femmes et des enfants faisaient tout pour la toucher comme si cela pouvait leur porter bonheur. L’annulation de la dette de beaucoup de pays africains lors du dernier sommet du G8 doit quelque chose à Mme Rice, ainsi que l’augmentation de la participation américaine au Fonds contre le Sida.

En Europe de l’Est, Mme Rice a réussi à renforcer les relations avec les pays Baltes et le Caucase sans mécontenter les Russes.

Mme Rice a changé une partie de la politique américaine en Amérique latine en laissant un socialiste chilien devenir secrétaire général de l’organisation des États américains (OEA). Au Brésil, Mme Rice a abordé une question délicate : le racisme. 40 % de la population brésilienne est noire, mais les Noirs sont sous représentés à tous les postes de commandement. Ils n’ont qu’un seul ministre : un musicien ministre de la Culture comme Pelé fut ministre des Sports !

Mme Rice est une femme de caractère. Ce n’est pas pour rien que des groupes la poussent à se représenter à la présidence. Le Canada a intérêt à développer de solides relations avec elle. C’est quand même prémonitoire que Mme Rice ait rencontré Mme Michaëlle Jean, la première Noire devenue gouverneure générale du Canada, le jour de l’annonce de la mort de Mme Rosa Parks, la mère du mouvement des Droits civiques. Une bonne chimie entre ces deux femmes exceptionnelles qui ont beaucoup de choses en commun peut être utile au Canada, aux États-Unis et dans le monde. Peut-être que Mme Jean pourrait éclairer Mme Rice sur les vraies préoccupations et la quête de liberté des Haïtiens et des Irakiens qui sont sous occupation militaire américaine et la poussée à s’intéresser sérieusement au cas du Congo-Zaïre, deuxième pays francophone au monde, le pays ayant le plus grand potentiel économique d’Afrique et qui est aujourd’hui dans le chaos à cause de l’incompétence et de l’inconscience de sa classe politique et de la folie de grandeur des dirigeants de certains petits pays voisins.