Non à M. Ngbanda alias Terminator, un pyromane qui se veut pompier

Seules des élections libres et démocratiques le plus tôt possible peuvent ressusciter le Congo-Zaïre et lui insuffler la force nécessaire pour développer le plus important potentiel économique de l’Afrique

par Kanyurhi T. Tchika

Président et éditeur du Magazine Transatlantique

Le 17 mai 1997, j’étais l’invité principal de l’émission La Voix de l’Amérique portant sur la chute du régime de Mobutu dans laquelle j’avais prédit la situation actuelle du pays où une guerre a fait plus de 4 millions d’innocentes victimes à cause de l’incompétence et de l’inconscience de la classe politique et de la folie des grandeurs des dirigeants de quelques petits pays voisins. J’ai eu même la délicate tâche de présenter M. Kabila à ses nouveaux administrés qui savaient très peu de chose de lui. J’ai aussi fait plus tard dans différents médias la promotion de l’idée qui allait donner naissance aux Accords de Lusaka en 1999 et ceux de Prétoria de 2002 qui ont abouti à un gouvernement d’union nationale, qui malheureusement ne fonctionne presque pas à cause du manque de patriotisme de plusieurs de ses membres. J’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs chefs d’État ou de gouvernement en Afrique, en Amérique et en Europe qui mont souvent demandé comment un pays aussi important a pu descendre si bas.

Le 27 septembre 2005, j’ai publié dans le quotidien Le droit d’Ottawa un article pour rendre hommage à une amie Mme Michaëlle Jean d’origine haïtienne qui prêtait serment comme Gouverneure générale du Canada et dont la première personne noire à devenir chef d’État d’un pays occidental et d’un pays du G8. J’ai alors pensé à Haïti, un pays attachant fondé par Jean Jacques Dessalines, probablement le plus grand général de l’histoire qui a battu l’armée de Napoléon la plus puissante de son époque. À l’assassinat de Dessalines par des mulâtres, les enfants des colons et de leurs esclaves noires, le pays est retombé dans une situation coloniale basée sur le préjugé de couleur dont il souffre encore 200 ans plus tard.

 

Simon Kimbango, précurseur de l'indépendence et ancêtre du pays



Le Congo-Zaïre est aujourd’hui sur la même pente descendante depuis l’assassinat de son libérateur Patrice Lumumba il y a plus de 40 ans avec la complicité d’un certain Mobutu. Je me suis souvenu alors d’une lettre ouverte de M. Ngbanda alias Terminator envoyée par mon ami Python Manduma de Londres avec qui je discute souvent des problèmes du pays depuis une vingtaine d’années.

Les élucubrations d’un ex chef de sécurité nationale impotent

M. Ngbanda ancien chef des services de sécurité de Mobutu était surnommé Terminator parce qu’il était considéré comme le plus grand bourreau du régime qui envoyait ad patres d’honorables citoyens qui avaient le malheur de ne pas trop supporter la dictature du régime. C’est un pyromane qui se veut aujourd’hui pompier en cherchant à devenir chef d’un gouvernement d’une transition interminable après avoir publié des livres pour justifier sa propre turpitude d’avoir été incapable d’assurer la sécurité du territoire national et de n'avoir pas essayer de convaincre Mobutu qui le prenait pour son neveu de quitter le pouvoir à cause de la maladie. Au lieu de s’excuser pour ses crimes et pour avoir laissé leurs mercenaires tutsi envahir le pays et de remercier les populations de l’Est d’avoir maintenu l’unité du pays en dépit de l’absence du gouvernement de Kinshasa, il sème la confusion et l’injure en traitant de « rwandaphones » les Bashi, plus de 3 millions de personnes qui forment l’ethnie la plus importante du Sud-Kivu, plus peuplée que les Tutsis du Rwanda et du Burundi réunis et l’une des 5 premières du pays comme les Nande au Nord-Kivu et qui sont à l’avant-garde de la défense du territoire national, ainsi que les Bafulero à qui appartiennent les collines de Mulenge revendiquées par des immigrés tutsis rwandais qui se disent Banyamulenge. Qualifier d' importantes ethnies du Kivu de rwandaphones est une stratégie du gouvernement tutsi du Rwanda qu’avait annoncée son ex président fantoche hutu, M. Bizimungu qui croupit en prison et qui, au début de l’invasion du Congo-Zaïre en 1996, avait soutenu que le Kivu faisait partie d’un mythique royaume rwandais précolonial. Cette affirmation ne tient pas debout si l’on se souvient que les différentes ethnies congolaises qui ont une frontière avec le Rwanda ont durant des siècles refoulé les aventures guerrières des roitelets du Rwanda. Il y a des personnes de culture rwandaise qui sont d’authentiques citoyens du Congo-Zaïre. Il s’agit des habitants de la zone de Rutshuru qui a été annexée au pays en 1885 par les Belges. Ce sont des citoyens en majorité hutue, ainsi que leur chef Mwami Ndezi qui ont toujours fait allégeance à leur pays, le Congo-Zaïre. Ils n’auraient certainement pas appuyé les aventures du régime tutsi de Kigali au Congo-Zaïre si le gouvernement de Kinshasa les avaient associés à la défense du pays. Avec les autres ethnies autochtones du Kivu, ils auraient probablement réussi à éviter la guerre actuelle. Penser que le Rwanda peut créer une majorité de rwandaphones au Kivu pour faire élire son monde, c’est faire montre d’ignorance des réalités de cette région dont la population est le double de celle du Rwanda. Le gouvernement de Kigali a pu recruter quelques mercenaires parmi les nationaux, mais ils ne sont pas capable de menacer la détermination du peuple à défendre son territoire, sa dignité. Il faut aussi bannir le terme « rwandaphone » qui a été inventé par le gouvernement tutsi de Kigali pour masquer sa domination sur la majorité hutue du Rwanda et qui crée des ressentiments qui pourront un jour déboucher sur une autre guerre interethnique. Au Burundi, on a compris le problème en reconnaissant les ethnies et en les associant au pouvoir. Ce qui a permis d’organiser des élections transparentes. Il est tout à fait étonnant que M. Ngbanda qui appartient à une petite ethnie de la province de l’Équateur, les Ngbandi dont la grande partie se trouve en République centrafricaine n’ait pas compris l’attachement des populations des frontières à leur pays et que quelqu’un comme lui qui a grandi à Kisangani, ville transformée en champs de bataille entre Rwandais et Ougandais qui se disputaient ses richesses, n'ait pas eu confiance dans les citoyens de l’Est pour les associer à la défense de leur pays. Il n'avait pas réalisé que tout ce que redoutait le régime de Kigali, c'était de se retrouver en face des combatants de l'Est du pays connaissant bien les réalités du Rwanda et prêts à défendre leur territoire même jusqu'au sacrifice suprême.

M. Ngbanda a, dans un de ses livres, affirmé que la moitié des autorités civiles et militaires avait des « deuxièmes bureaux » ou maîtresses d'origine tutsie rwandaise. Il a aussi accusé les États-Unis d'avoir soutenu l'invasion du pays comme si les Américains qui sont très pragmatiques auraient eu plus d'intérêts pour le Rwanda que pour le Congo: le gouvernement de Mobutu n'a pas su défendre sa cause et le gouvernement américain ne l'a lâché qu'après la chute de Kisangani qui prouvait que le pays n'avait pus de véritable armée ni gouvernement comme nous l'avions écrit dans Jeune Afrique en avril 1997. Il faut lever des équivoques : le drame actuel du Congo-Zaïre est une conséquence directe du régime de Mobutu dont M. Ngbanda fut l’un des architectes et exécuteurs de basses œuvres.

37 ans de dictature mobutiste corrompue appuyée par des mercenaires

Le 25 novembre 1965, comme tous les jeunes Congolais de mon âge, je m'étais rendu à mon école primaire. Le directeur nous annonça que le pays avait un nouveau président qui avait décrété la journée chômée. Nous étions contents d'échapper à la corvée de l'école. Nous n'avions pas pensé qu'on assistait à la naissance officielle d'un régime qui allait faire disparaître plusieurs d'entre nous ou les contraint à l'exil.

En 1965, Mobutu n'était pas un inconnu dans le paysage politique congolais. Il en était même en réalité le véritable maître depuis le 14 septembre 1960 quand à 29 ans, il avait fait son premier coup d'État en écartant du pouvoir le Président Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba qui l'avait nommé chef de l'armée 3 mois plus tôt. Il avait confié le pouvoir à des étudiants des « commissaires généraux » dont il était le véritable chef et qui allaient former le noyau de sa classe politique durant tout son régime. Le Président Kasa-Vubu fut réhabilité quelques jours plus tard et le Premier ministre Lumumba fut arrêté. C'était clair que celui qu'on voulait écarter du pouvoir.

En 1964, Mobutu avait dû faire appel à Tschombé de son exil au Portugal pour venir l'aider à combattre la rébellion des partisans de Lumumba où l'on trouvait déjà un certain Laurent Kabila. Avec l'aide de ses mercenaires occidentaux et de ses gendarmes katangais, Tschombé, devenu premier ministre, réussi à mater la rébellion. Il remit aussi le pays sur la voie de la démocratie en organisant des élections législatives que son parti remporta en 1965. Malgré cette assise populaire, le Président refusa de le nommer Premier ministre. Ce qui créa un conflit constitutionnel dont profita Mobutu pour s'emparer encore du pouvoir et cette fois-ci le gardant pendant 32 ans par l'intimidation, la corruption et l'imposture.

 

Patrice Lumumba, père de l'indépendance et de la nation

Pour intimider la population, Mobutu fit pendre à la Pentecôte de 1966 des politiciens de premier plan comme M. Anany, ancien ministre de la défense qui l'avait réprimandé alors qu'il avait pris la fuite la guerre au pont de Kamanyola dans la province de Kivu laissant le général Mulamba, un brillant officier proche de ses soldats, défendre victorieusement la ville de Bukavu avec l'appui de la Mwamikazi Mwa Nyaluganda, une forte femme qui était chef coutumier de Bashi de Ngweshe et d'infliger ainsi la première défaite à la rébellion. D'aucuns pensent que si cette brave femme était toujours vivante, l'invasion du pays par les troupes rwandaises n'aurait pas été si facile. Son fils le Mwami Ndatabaye, lui a fait honneur en prenant le maquis pour défendre son territoire.

Maître de l'imposture, Mobutu changea sa fuite de Kamanyola en victoire militaire en donnant le nom de Kamanyola à son bateau de la même façon qu'il fit proclamer en 1966 Lumumba, héros national alors que c'est lui qui l'avait fait arrêter et envoyer au Katanga où il fut tué le 17 janvier 1961.

En 1968, Mobutu réussit à convaincre l'Algérie d'arrêter Tschombé jusqu'à sa mort en 1969. En 1967, fut crée le mouvement populaire de la Révolution (MPR), pierre angulaire de la dictature de Mobutu devenu parti unique en 1971, par une révision constitutionnelle qui inspirée de la politique de « Recours à l'Authenticité » changea le nom du pays en Zaïre une déformation portugaise du terme nzadi qui en langue Kongo veut dire « fleuve »: une autre imposture.

En 1973, après une visite en Chine, Mobutu nationalisa les petites et moyennes entreprises appartenant à des étrangers et les remis à des nationaux dont le seul mérite était leur appartenance au cercle du pouvoir. C'était ce qu'on appela « la Zaïrianisation ». Quelques mois après, la plupart des entreprises étaient en faillite technique. Ils entraînèrent dans leur chute toute l'économie du pays où les dirigeants ne faisaient que consommer le capital.

En 1977 et en 1978, des ex-gendarmes katangais et leurs descendants, mécontents de la gestion de Mobutu et venus de l'Angola, occupèrent une partie de leur province. Le régime de Mobutu ne fut sauvé que grâce à des mercenaires et des militaires français et marocains. Mobutu en profita pour éliminer la plupart de brillants officiers qui n'étaient pas de sa province en les accusant de tentative de coup d'État. Ce fut le début de la désorganisation d'une armée qui avait ravi le Rwanda et le Burudi à l'Allemagne en 1917 et qui avait participé à la libération de l'Éthiopie en 1941.

Durant toute sa dictature, Mobutu s'est souvent servi de mercenaires. Déjà en 1960, il avait déjà des mercenaires belges dans son entourage à la tête de l'armée. Après la rébellion, il réussit à attirer de son côté les mercenaires amenés par Tschombé dont un est devenu tristement célèbre, Bob Denard. En 1967, il se brouilla avec le groupe de Bob Denard pour une question d'argent et le fit remplacer par des Marocains et des Israéliens. Mobutu a travaillé aussi avec beaucoup de mercenaires africains dont le marabout sénégalais Kebe devenu très riche grâce à lui. Mais les plus grands mercenaires africains de Mobutu furent des réfugiés tutsis rwandais.

En 1966, Mobutu nomma un certain Bisengimana directeur de son bureau. C'était un Tutsi de la vague des réfugiés de 1959 après la chute de la monarchie tutsi au Rwanda. Il y a des Tutsis qui sont des authentiques Zaïrois. Ils habitent la zone de Rutshuru au Nord-Kivu (voir notre article dans Jeune Afrique du 2 avril 1997). Les Banyamulenge, dont on s'est servi comme prétexte pour attaquer le Zaïre, sont en grande majorité des réfugiés de 1959.

Dans « le Dinosaure », publié chez Fayard à Paris en 1992, la journaliste Belge Colette Braeckman écrit à la page 186: « Parallèlement aux métis, le Président accorda longtemps ses faveurs à des Rwandais souvent d'origine tutsie comme Bisengimana Rwema. Ces préférences s'expliqueraient comme dans le cas des métis par le fait que ne disposant pas de base populaire, « ces individus à la nationalité douteuse », comme devait les appeler plus tard un mémorandum des Affaires étrangères, ne pouvaient pas se poser en successeur potentiel du guide. Les Rwandais, s'ils n'omettaient pas de s'enrichir grâce au système, veillaient aussi aux intérêts de leur groupe. » M. Bisengimana avait le rang de numéro 2 du régime. Il signait tous les contrats au nom de l'État avec d'importantes commissions pour son chef et pour lui-même. C'est lui qui s'était ainsi occupé de la zaïranisation. Il devint milliardaire en dollar. À cause d'une grogne de la classe politique, Mobutu le déchargea en 1977 de son poste tout en maintenant de bonnes relations avec lui. Au même moment, un autre Tutsi monta en grade Kengo wa Dondo devenu président du conseil judiciaire. Né Léon Lobitsch, d'un père juif polonais et d'une mère tutsi rwandaise, il a grandi à Mbandaka avec Mobutu où sa mère s'était remariée. Après des études de droit en Belgique, Kengo fut nommé procureur général de la République par son ami Mobutu devenu président.

En 1980, Kengo devint premier ministre. Il sera encore deux autres fois dont la dernière en 1994 en pleine guerre du Rwanda comme caution pour permettre au Front patriotique rwandais dont on dit qu'il était un grand financier d'accepter Mobutu comme médiateur Bisengimana et Kengo ont non seulement fourni la grande partie de l'argent que les Tutsis ont utilisé pour conquérir le pouvoir au Rwanda, mais ont aussi réussi à infiltrer des Tutsis dans l'administration, les services secrets et l'armée du Zaïre. Ainsi, les Tutsis ont pu savoir rapidement la maladie de Mobutu. Ils en ont profité pour organiser une révolte de mercenaires probablement avec la complicité du Premier ministre et assouvir ainsi leur rêve de conquérir le plus important pays d'Afrique noire. M. Kengo devra un jour expliquer comment le pays a pu être conquis par des gens qui ne sont même pas capables de fabriquer une cartouche.

Près de 5 millions d’innocentes victimes

Il est tout à fait étonnant de remarquer qu’on parle beaucoup du génocide rwandais qui a fait plus de 500 000 morts et pas du génocide au Congo-Zaïre qui en a fait près de 10 fois plus et organisé en grande partie par le gouvernement rwandais dont les membres se plaignent d’avoir souffert du génocide : l’opinion internationale est telle qu'on a beau avoir une cause juste, mais si on ne la publicise pas, elle est considérée comme inexistante.

Dès le début, les envahisseurs ont tenu à détruire tout ce que les populations considéraient comme sacré. Ils ont commencé par s'attaquer à l'Église catholique dont se réclame la majorité de la population, les chefs coutumiers et ont réservé un traitement inconnu dans la région à des femmes. En octobre 1996, les armées tutsies ont assassiné Mgr Munzihirwa, ancien supérieur des Jésuites pour l'Afrique centrale, archevêque de Bukavu, opposant farouche au régime de Mobutu et qui dénonçait les visées hégémoniques des Tutsis sur la province du Kivu. Son successeur, Mgr Kataliko a été relégué dans son village natal de Butembo où il aurait été empoisonné alors que plusieurs prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des pasteurs protestants ont été tués. Les envahisseurs se sont aussi attaqués aux chefs coutumiers très respectés par les populations locales. Plusieurs sont morts et d'autres combattent aujourd'hui dans la clandestinité les occupants de leur territoire.

 

Les archevêques Munzihirwa et Kataliko tués par les envahisseurs

Des villages entiers ont été rasés sous prétexte que leurs habitants soutenaient les résistants Mayi-Mayi. Dans le village de Kasika, des femmes enceintes ont été éventrées pour sortir des bébés et les autres ont été enterrées vivantes après leur avoir pimenté et salé les parties intimes. Jamais dans la région, on ne s'était pris autant aux femmes en période de guerre. Selon des ONG américaines et des spécialistes de la région, cette folie meurtrière a déjà fait plus de deux millions de morts en 2000. Que faut-il encore pour que la communauté internationale s'intéresse au malheur de ces innocentes populations ? C'est en partie pour manifester le désespoir de ces populations de l'Est du pays et pour plus de démocratie que des enfants soldats, originaires de la région et gardes du corps de M. Kabila, ont décidé de la liquider.

On dit souvent que les mobutistes ont eu peur d'un Mobutu mourant, ouvrant ainsi la voie à l'aventure de Kabila alors qu'on aurait pu faire fonctionner les institutions pour destituer Mobutu et l'envoyer mourir tranquillement dans son village. Les kabilistes, quant à eux, ont fait pire: ils ont eu peur de Kabila, même mort, au point de le faire remplacer, en véritables émules de Duvalier et de Kim Il Sung, par son fils adoptif qu’on dit d'origine tutsie rwandaise. Joseph Kabila s’est donc retrouvé à 29 ans sans expérience chef d’état d’un pays dont il ignorait tout : on ne pouvait pas attendre des miracles de lui ni de son gouvernement d’union nationale dont plusieurs membres n’ont même pas fait allégeance au pays.

Des élections crédibles le plus rapidement possible

La seule chose qu’attend le peuple pour se tirer de cette fâcheuse situation c’est l’organisation des élections libres et démocratiques. Mais ce n’est pas une opération très facile dans un pays qui n’a connu de vraies élections qu’à son indépendance en 1960 et qui est entouré de plusieurs régimes politiques habitués à truquer les élections, soit en bourrant les urnes ou en intimidant militairement les populations. C’est pourquoi, il faut une éducation aux élections libres et démocratiques et insérer les femmes dans le système électoral. On se souviendra que les Belges n’avaient pas préparer le pays à l’indépendance et ne croyaient pas à de vraies élections en 1960. Ils ont été surpris par la maturité du peuple qui a élu même des gens hors de leur province d’origine comme le futur premier ministre Patrice Lumumba né au Kasaï, fut élu député de Kisangani dans la province Orientale. Il faudrait organiser les partis politiques de telle manière qu’ils aient une assise nationale et qu’il y ait suffisamment de femmes et de personnes des différentes ethnies parmi les candidats en position éligible. Il faut aussi trouver une façon de représenter les minorités ethniques pour éviter des réactions qui peuvent aboutir à des guerres civiles. Les élections sont un moyen de protection des populations de l’Est du pays qui ont souffert de la guerre et qui avec plus de 40 % de la population pourront déterminer l’issue des élections nationales comme l'avait déjà compris Lumumba en 1960. Ce qui obligera tous les partis à tenir compte de leurs intérêts. Il est souhaitable qu'un futur gouvernement ait des assises populaires à Kinshasa et si possible dans les provinces limitrophes de Bandundu et du Bas-Congo. L’axe Est-Ouest devra devenir comme le grand fleuve, la pierre angulaire de l’unité nationale. Les pays amis et la communauté internationale devront comprendre que utiliser tous les moyens possibles pour organiser rapidement des élections permet au pays de se reprendre en main et de se passer de l'aide internationale qui pourra être affecté à d'autres pays qui en ont plus besoin. Il faut une force internationale pour assurer la sécurité des élections.

Une force de l’Union européenne pour sécuriser la frontière Est et aider à l’organisation des élections

Il n’y a aucun doute que le gouvernement du Rwanda et de l’Ouganda ne veulent pas d’élections au Congo-Zaïre qui donneront un gouvernement légitime au pays et donc capable de former une armée nationale pour défendre les frontières. Pour éviter toute tentative de déstabilisation pendant la période électorale, il convient de former une force de l’Union européenne comme celle qu’on avait déjà envoyée en Ituri. Elle aura pour mission de fermer et de surveiller la frontière Est et d’aider à l’organisation des élections. Il pourra s’agir d’une force estimée à 5 000 soldats dont 3 000 pour la frontière et 2 000 pour aider les forces des Nations Unies à l’organisation des élections. Il faut se rendre compte que malgré la bonne volonté des forces des Nations Unies, elles n’arrivent pas à pacifier l’Est du pays : elles ne sont pas très bien équipées et leurs membres viennent des pays du Tiers Monde qui ne sont pas capables d’intimider le gouvernement du Rwanda et de l’Ouganda ainsi que leurs rebelles s’ils s’en prennent à leurs citoyens. Cette force de l’Union européenne pourra en 6 mois mettre de l’ordre dans l’Est du pays et aider à l’organisation des élections et pourra passer 6 autres mois à aider le gouvernement légitime élu à mettre au point une armée nationale pour sécuriser le pays. Le pays ne manque ni soldats ni officiers. Il manque un gouvernement crédible, des chefs capabes de motiver l'armée. La sécurité est un préalable à la mise en valeur de l’énorme potentiel économique du pays.

Le plus grand potentiel économique de l’Afrique

Le Congo-Zaïre dispose du plus grand potentiel économique de tout le continent africain. On y trouve la plus grande quantité de terres cultivables du continent au-dessus du sous-sol le plus riche qui a produit l’uranium à la base de la première bombe atomique américaine et d’autres minerais comme le coltan récemment découvert sans oublié l’or, le diamant et le pétrole.

Sa forêt est la plus importante du continent: un documentaire de la BBC a récemment prouvé que des nuages issus de la forêt équatoriale congolaise se changent en pluie au-dessus des hauts plateaux éthiopiens formant ainsi un lac qui déverse ses eaux qui forment le Nil bleu à l’origine des crues qui fertilisent l’Égypte alors que les neiges éternelles du Ruwenzori entre le Congo et l’Ouganda font couler dans la forêt équatoriale congolaise une eau qui alimente des lacs et des rivières qui régularisent le débit du Nil blanc pour lui permettre de traverser le désert. On dit souvent que l’Égypte est un don du Nil, il faudrait désormais y ajouter que le Nil est un don du Congo, pays qui a aussi les sites touristiques les plus variés du continent. Le pays dispose du port de Matadi sur l'Atlantique est partenaire avec la Tanzani dans le port de Kigoma qui permet grâce au chemin de fer d'atteindre le port de Dar-es-Salam sur l'océan Indien.

Le potentiel hydro-électrique du pays est estimé à 40 % de la capacité africaine, surtout grâce au fleuve Congo qui symbolise l’unité du pays qui prend sa source dans le lac Tanganyika à l’est du pays au Katanga et au Kivu près de l’océan Indien et qui se jette dans l’Océan Atlantique à l’ouest en mettant en contact différentes brillantes civilisations qui ont germé depuis des millénaires.

Les ressources humaines plongent leurs racines dans ces brillantes civilisations et sont issues d'un peuple de plus de 60 millions d'habitants parmi les plus alphabétisés d’Afrique à plus de 60 % et constituant le deuxième pays francophone du monde.

De brillantes civilisations millénaires

En 1958, des chercheurs belges ont découvert à Ishago à l'Est du pays, sur deux morceaux d’os un système de calcul vieux de plus de 8000 ans considéré comme le plus vieux du monde et ayant été transmis à l’Égypte pour servir dans la construction des pyramides

L’est du pays s’est plus tard intégré à d’autres civilisations dont certaines entretenaient des relations commerciales avec toute l’Afrique de l’Est et même avec l’Asie et ont contribué au développement du Swahili, une langue bantu, la langue autochtone la plus parlée en Afrique et ayant récemment été admise comme langue de travail à l’Union africaine.

 

Le système de calcul d'Ishango , le plus vieux du monde


À l’Ouest du pays, le royaume du Congo avait établi depuis le 15e siècle des relations diplomatiques avec le Portugal et le Vatican. Le petit fils du roi du Congo Don Henrique fut sacré évêque en 1518 par le pape Léon X, de la fameuse famille Médicis qui importait déjà du Congo des objets en ivoire, des tapis et des tissus. Ces relations furent détruites par la honteuse Traite négrière qui a créé le préjugé de couleur, le racisme institutionnel et un traumatisme dont l’Afrique et sa diaspora souffrent encore. Des esclaves issus du royaume du Congo ont créé avec d’autres à Congo Square à la Nouvelle-Orléans les bases de la musique américaine moderne qui a conquis le monde en mélangeant des rythmes africains aux cantiques chrétiens pour donner naissance aux Blues, au Jazz et au Gospel.

Les ressemblances, surtout en matière de chiffre, entre le Kikongo et le Swahili comme Moja ou Mosi 1, Mbole ou Mbili 2, Tatu 3, Tano 5 et Kumi 10 prouvent qu’il y a toujours eu des relations entre l’est et l’ouest grâce au grand fleuve navigable, surtout à partir de Kisangani

Kinshasa la capitale, la métropole la plus détribalisée d’Afrique a développé en terre de Kikongo, le Lingala, une langue issue de la province de l’Équateur au nord du pays et qui a donné naissance à la musique africain moderne.

Le Tshiluba, langue du Kasai au centre qui avait été celle d’un grand royaume Luba a des mots en commun avec des langues de l’est et de l’ouest du pays. Tout ceci prouve qu’il y a plus de ressemblance que de différence entre les plus de 400 ethnies du pays ce qui a permis au pays de rester uni au moment où certains voulaient sa destruction

Une forte identité nationale

Les envahisseurs ont été surpris de remarquer que le pays n’a pas éclaté: il a une forte identité nationale qui n’est pas toujours apparente née de la lutte contre la colonisation, basée sur l’égalité de plus de 400 ethnies, renforcée par plusieurs épreuves et cimentée par le sacrifice suprême de héros nationaux dont le prophète Simon Kimbangu, le premier Africain à avoir demandé l’indépendance en 1921, fondateur d’une religion qui a plus de 10 millions de fidèles, mort en 1952 après 30 ans dans une prison du Congo belge. Kimbangu est considéré comme l’ancêtre de la nation congolaise. Patrice Lumumba, chef du gouvernement à l’indépendance, assassiné pour avoir voulu maintenir l’unité de son pays est le père de la nation. Son disciple Jean-Pierre Finant, président de la province orientale en 1960, de père belge et père de la regrettée chanteuse Abéti, a sauvé l’unité du pays en refusant avec M. Miruho, alors Président du Kivu, l’offre de se joindre à la Sécession katangaise organisée par des groupes belges. Il fut assassiné pour avoir dénoncé le premier coup d’état de Mobutu en septembre 1960. La Bienheureuse soeur Anuarité, sainte patronne du pays a été tuée durant la guerre civile de 1964 pour avoir refusé les avances sexuelles d'un chef rebelle. Elle a été béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1984 et a donné une personne de référence au plus grand pays catholique d’Afrique où on doit réapprendre le sens de l'honneur et de l'engagement qui a développé son rite catholique particulier élaboré par le cardinal Malula et approuvé par le Vatican en 1986 et où on baptise avec des prénoms africains. Les archevêques Munzihirwa et Kataliko, tués durant l’absurde guerre actuelle font déjà partie des héros de la nation et leur sacrifice a poussé les peuples de l’Est du pays à résister contre l’occupation étrangère malgré l’abandon du gouvernement de Kinshasa et à maintenir ainsi l’unité du pays. Le Congo-Zaïre dispose d’une identité nationale forte, des ressources humaines capables de créer une confiance en soi indispensable au développement économique surtout avec l’énorme potentiel à condition d’avoir un gouvernement démocratiquement élu, capable de former une forte armée nationale pour assurer la sécurité du territoire et incarnant les inspirations du pays destiné à devenir un modèle pour toute l’Afrique.

D'autres grands pays et grands peuples ont eu cours de leur histoire des dirigeants incompétents et inconscients qui ont permis une occupation étrangère. C'est le cas de la Chine, de la Russie et de l'Inde avec les aventuriers mongols. On peut citer aussi le cas de l'Allemagne qui était tombée sous les bottes d'un caporal autrichien nommé Hitler qui l'a envoyée dans des aventures meutrières dont l'occupation de la France qui s'est redressée grâce à la claivoyance d'un homme comme De Gaulle assisté du Guyanais Felix Éboué qui lui a rallié la première armée et le premier territoire le Tchad dont il était gouverneur. Tous ces pays se sont redressés et ont créé de brillantes civilisations après ces terribles et honteux événements. Souhaitons la même chose au Congo-Zaïre.

 

Bienheureuse Soeur Anuarité, Sainte patronne du pays