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Le coup de tête de ZinŽdine Zidane:
un cri de détresse contre le racisme dans le football et la situation dramatique des citoyens français issus de l’immigration

Kanyurhi T. Tchika

Président et éditeur du Magazine Transatlantique et auteur du livre Ç L’apport de l’Afrique et de sa diaspora au mondeÈ

 

Le 9 juillet 2006, tous les médias du monde ont plus traité du coup de tête du capitaine de l’équipe de France, ZinŽdine Zidane, d’origine algérienne contre un joueur italien, que de la Coupe de football gagnée par l’Italie. Cela est probablement dû au fait que on avait affaire à une équipe française en majorité noire avec un capitaine d’origine arabe qui sont souvent soumis au racisme des clubs adverses et des supporteurs, alors qu’il y a eu aussi des émeutes dans les banlieues françaises habitées majoritaire ment par des citoyens d’origine arabe ou noire issus de l’immigration. On ne peut pas passer sous silence le fait que la Coupe du monde s’est jouée dans le même stade où en 1936, Hitler avait évité de serrer la main au Noir américain Jesse Owen, qui venait de gagner trois médailles d’or en athlétisme aux Jeux Olympiques. Le geste de Zidane a probablement aussi réveillé le souvenir de deux champions noirs américains qui aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968 avaient soulevé le poing droit, le salut du mouvement des Black Panthers pour dénoncer la discrimination raciale aux États-Unis qui aujourd’hui a sérieusement diminué alors que les minorités ont encore beaucoup de peine à se faire de la place en France alors que la France avait jadis été plus ouverte à l’intégration des minorités que le monde anglo-saxon.

Il y a plus de 200 ans, bien avant le monde anglo-saxon, que la France avait accordé des droits à ses minorités raciales

Très peu de gens font aujourd’hui encore attention au fait que le général noir Powell, ancien chef des armées américaines, a été remplacé au poste 3 de Secrétaire d’État et donc de numéro 3 du gouvernement américain par Mme Condoleezza Rice, une femme noire, que la femme du président Bush voit comme la future présidente des États-Unis. Les Noirs américains ont commencé à percer le monde des affaires comme M. Richard Pearsons, président de Times Warner, le numéro un mondial des médias, Ken Chesnault, président d’American Express, et Ophrah Winfrey, reine de la télévision et une des rares femmes milliardaires aux États-Unis. Les Noirs américains sortent donc de plus en plus du ghetto des sports et de la musique où on les avait cantonnés pour une certaine réussite sociale comme s’est encore le cas au Brésil où les Noirs qui forment 40 % de la population n’ont qu’un seul ministre, un musicien ministre de la culture ! Le fait qu’un ministre français issu de l’immigration ai récemment vanté le modèle d’intégration brésilien, prouve qu’il y a encore de vrais problèmes en France à comprendre comment donner de la place aux minorités.

Pourtant, la France avait devancé depuis des siècles le monde anglo-saxon dans l’intégration de ses minorités raciales. On se souviendra qu’en 1794, Jean-Baptiste Belley, un ancien esclave était devenu le premier député français noir alors que le gouvernement français issu de la révolution de 1789 reconnaissait l’abolition de l’esclavage provoquée par Toussaint Louverture et Dessalines qui furent intégrés dans l’armée française au grade de général qu’avait déjà Alexandre Dumas, le père du célèbre écrivain, qui en 1802 refusa L’ordre de Napoléon de commander une expédition française pour restaurer l’esclavage en Haïti sa terre natale. Le premier janvier 1804, Dessalines proclama l’indépendance d’Haïti après avoir vaincu l’armée de Napoléon et contribua à la libération de l’Amérique latine qui plus tard allait forcer les Anglais et les Américains à abolir l’esclavage. En 1848, la deuxième République française fit abolir une seconde fois l’esclavage des Noirs et des mulâtres furent élus députés et 1931, le député d’origine sénégalaise Blaise Diagne fut même nommé sous-secrétaire d’État aux colonies. En 1940, Félix Éboué, le premier Noir gouverneur des colonies rallia au Général de Gaulle le premier territoire et la première armée. En 1958, sous la présidence du Général de Gaulle, le Président du Sénat numéro 2 de l’État était le Guyanais Gaston Monnerville alors que Félix Houphouét Boigny qui allait devenir Président de la Côte d’Ivoire en 1960 était numéro 2 du gouvernement français. Dans les années 60, l’indépendance de la plupart des pays africains, et surtout la guerre d’Algérie ont créé un traumatisme au sein de la classe politique française au point de lui faire oublier les droits de ses minorités raciales alors que les États-Unis s’engageaient dans la lutte contre la ségrégation raciale dont les résultats se font sentir aujourd’hui. Le Président Chirac, qui est un ami de l’Afrique et qui a soutenu l’équipe de France au moment où elle était attaquée de tout côté, les partis politiques et les chefs d’entreprises doivent s’inspirer du modèle américain en commençant par demander la suppression de cumul de mandats dans les banlieues pour permettre à certains citoyens issus de l’immigration de devenir rapidement maires ou députés. C’est la présence d’un maire, d’un chef de police et d’un des députés noirs qui a permis d’éviter des émeutes à la Nouvelle-Orléans malgré les problèmes dû surtout aux erreurs du gouvernement fédéral dans l’organisation de secours après l’ouragan Katrina. Espérons qu’un jour la Fédération internationale de football pourra féliciter Zidane d’avoir contribué à la lutte contre le racisme comme le mouvement olympique l’a fait aux Jeux d’Atlanta de 1996 pour les deux athlètes noirs américains des Jeux de Mexico en 1968. D’autant plus que le joueur italien vient de reconnaître avoir insulté Zidane et qu’un parlementaire italien vient d’affirmer que son pays avait vaincu une équipe de noirs et d’islamistes.

 

ƒquipe franaise de football