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RD Congo:

Il faut faire descendre 2 millions de personnes dans les rues de Kinshasa, avec l'aide de l'Église catholique pour exiger la rectification du processus

des élections dangereuses pouvant déboucher sur une guerre civile et hypothéquer à jamais le plus grand potentiel économique de l'Afrique

par


Kanyurhi T. Tchika
Président du Magazine Transatlantique

Lors de sa visite très controversée au Canada, il y a quelques jours, le président du Rwanda Paul Kagamé, a répondu à un journaliste canadien, qui lui faisait remarquer les importantes manifestations contre sa venue au Canada organisées surtout par des membres de la diaspora congolaise qui le traitaient d’assassin, qu’il n’était pas sûr que les manifestants représentaient l’opinion du gouvernement du Congo qui ne lui reproche rien. Machiavélique, il savait de quoi il parlait d’autant plus que les dirigeants congolais actuels sont tous passés chez lui et leur chef a même été simple soldat dans son armée. C'est une situation inquiétante d’autant plus que ces personnes qui avec leurs alliés mobutistes qui comptent très peu dans l’opinion nationale tentent de tout faire pour fabriquer une élection en leur faveur.

 

Simon Kimbangu, précurseur de l'indépendance et ancêtre du pays

 

Le 17 mai 1997, j'étais l'invité principal de l'émission La Voix de l'Amérique portant sur la chute du régime de Mobutu dans laquelle j'avais prédit la situation actuelle du pays où une guerre a fait plus de 4 millions d'innocentes victimes à cause de l'incompétence et de l'inconscience de la classe politique et de la folie des grandeurs des dirigeants de quelques petits pays voisins. J'ai eu même la délicate tâche de présenter M. Kabila à ses nouveaux administrés qui savaient très peu de chose de lui. J'ai aussi fait plus tard dans différents médias la promotion de l'idée qui allait donner naissance aux Accords de Lusaka en 1999 et ceux de Prétoria de 2002 qui ont abouti à un gouvernement d'union nationale, qui malheureusement ne fonctionne presque pas à cause du manque de patriotisme de plusieurs de ses membres. J'ai eu l'occasion de rencontrer plusieurs chefs d'État ou de gouvernement en Afrique, en Amérique et en Europe qui m'ont souvent demandé comment un pays aussi important a pu descendre si bas.

Le Congo-Zaïre est aujourd'hui sur la même pente descendante depuis l'assassinat de son libérateur Patrice Lumumba il y a plus de 40 ans avec la complicité d'un certain Mobutu: le drame actuel du Congo-Zaïre est une conséquence directe du régime de Mobutu et de ses mercenaires.

37 ans de dictature mobutiste corrompue appuyée par des mercenaires

Le 25 novembre 1965, comme tous les jeunes Congolais de mon âge, je m'étais rendu à mon école primaire. Le directeur nous annonça que le pays avait un nouveau président qui avait décrété la journée chômée. Nous étions contents d'échapper à la corvée de l'école. Nous n'avions pas pensé qu'on assistait à la naissance officielle d'un régime qui allait faire disparaître plusieurs d'entre nous ou les contraindre à l'exil.

En 1965, Mobutu n'était pas un inconnu dans le paysage politique congolais. Il en était même en réalité le véritable maître depuis le 14 septembre 1960 quand à 29 ans, il avait fait son premier coup d'État en écartant du pouvoir le Président Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba qui l'avait nommé chef de l'armée 3 mois plus tôt. Il avait confié le pouvoir à des étudiants des « commissaires généraux » dont il était le véritable chef et qui allaient former le noyau de sa classe politique durant tout son régime. Le Président Kasa-Vubu fut réhabilité quelques jours plus tard et le Premier ministre Lumumba fut arrêté. C'était clair que celui qu'on voulait écarter du pouvoir.

En 1964, Mobutu avait dû faire appel à Tschombé de son exil au Portugal pour venir l'aider à combattre la rébellion des partisans de Lumumba où l'on trouvait déjà un certain Laurent Kabila. Avec l'aide de ses mercenaires occidentaux et de ses gendarmes katangais, Tschombé, devenu premier ministre, réussi à mater la rébellion. Il remit aussi le pays sur la voie d’une certaine démocratie en organisant des élections législatives que son parti remporta en 1965. Malgré ces semblants d’assise populaire, le Président refusa de le nommer Premier ministre. Ce qui créa un conflit constitutionnel dont profita Mobutu pour s'emparer encore du pouvoir et cette fois-ci le gardant pendant 32 ans par l'intimidation, la corruption et l'imposture

Patrice Lumumba, père de l'indépendance et de la nation

Pour intimider la population, Mobutu fit pendre à la Pentecôte de 1966 des politiciens de premier plan comme M. Anany, ancien ministre de la défense qui l'avait réprimandé alors qu'il avait pris la fuite la guerre au pont de Kamanyola dans la province de Kivu laissant le général Mulamba, un brillant officier proche de ses soldats, défendre victorieusement la ville de Bukavu avec l'appui de la Mwamikazi Mwa Nyaluganda, une forte femme qui était chef coutumier de Bashi de Ngweshe et d'infliger ainsi la première défaite à la rébellion qui s’était écartée de ses premiers objectifs en assassinant des civils. D'aucuns pensent que si cette brave femme était toujours vivante, l'invasion du pays par les troupes rwandaises n'aurait pas été si facile. Son fils le Mwami Ndatabaye, lui a fait honneur en prenant le maquis pour défendre son territoire.

Maître de l'imposture, Mobutu changea sa fuite de Kamanyola en victoire militaire en donnant le nom de Kamanyola à son bateau de la même façon qu'il fit proclamer en 1966 Lumumba, héros national alors que c'est lui qui l'avait fait arrêter et envoyer au Katanga où il fut tué le 17 janvier 1961.

En 1968, Mobutu réussit à convaincre l'Algérie d'arrêter Tschombé jusqu'à sa mort en 1969. En 1967, fut crée le mouvement populaire de la Révolution (MPR), pierre angulaire de la dictature de Mobutu devenu parti unique en 1971, par une révision constitutionnelle qui inspirée de la politique de « Recours à l'Authenticité » changea le nom du pays en Zaïre une déformation portugaise du terme nzadi qui en langue Kongo veut dire « fleuve »: une autre imposture.

En 1973, après une visite en Chine, Mobutu nationalisa les petites et moyennes entreprises appartenant à des étrangers et les remis à des nationaux dont le seul mérite était leur appartenance au cercle du pouvoir. C'était ce qu'on appela « la Zaïrianisation ». Quelques mois après, la plupart des entreprises étaient en faillite technique. Ils entraînèrent dans leur chute toute l'économie du pays où les dirigeants ne faisaient que consommer le capital.

En 1977 et en 1978, des ex-gendarmes katangais et leurs descendants, mécontents de la gestion de Mobutu et venus de l'Angola, occupèrent une partie de leur province. Le régime de Mobutu ne fut sauvé que grâce à des mercenaires et des militaires français et marocains. Mobutu en profita pour éliminer la plupart de brillants officiers qui n'étaient pas de sa province en les accusant de tentative de coup d'État. Ce fut le début de la désorganisation d'une armée qui avait ravi le Rwanda et le Burundi à l'Allemagne en 1917 et qui avait participé à la libération de l'Éthiopie en 1941.

Durant toute sa dictature, Mobutu s'est souvent servi de mercenaires. Déjà en 1960, il avait déjà des mercenaires belges dans son entourage à la tête de l'armée. Après la rébellion, il réussit à attirer de son côté les mercenaires amenés par Tschombé dont un est devenu tristement célèbre, Bob Denard. En 1967, il se brouilla avec le groupe de Bob Denard pour une question d'argent et le fit remplacer par des Marocains et des Israéliens. Mobutu a travaillé aussi avec beaucoup de mercenaires africains dont le marabout sénégalais Kebe devenu très riche grâce à lui. Mais les plus grands mercenaires africains de Mobutu furent des réfugiés tutsis rwandais.

En 1966, Mobutu nomma un certain Bisengimana directeur de son bureau. C'était un Tutsi de la vague des réfugiés de 1959 après la chute de la monarchie tutsie au Rwanda. Il y a des Tutsis qui sont des authentiques Zaïrois. Ils habitent la zone de Rutshuru au Nord-Kivu (voir notre article dans Jeune Afrique du 2 avril 1997). Les Banyamulenge, dont on s'est servi comme prétexte pour attaquer le Zaïre, sont en grande majorité des réfugiés de 1959.

Dans « le Dinosaure », publié chez Fayard à Paris en 1992, la journaliste Belge Colette Braeckman écrit à la page 186: « Parallèlement aux métis, le Président accorda longtemps ses faveurs à des Rwandais souvent d'origine tutsie comme Bisengimana Rwema. Ces préférences s'expliqueraient comme dans le cas des métis par le fait que ne disposant pas de base populaire, « ces individus à la nationalité douteuse », comme devait les appeler plus tard un mémorandum des Affaires étrangères, ne pouvaient pas se poser en successeur potentiel du guide. Les Rwandais, s'ils n'omettaient pas de s'enrichir grâce au système, veillaient aussi aux intérêts de leur groupe. » M. Bisengimana avait le rang de numéro 2 du régime. Il signait tous les contrats au nom de l'État avec d'importantes commissions pour son chef et pour lui-même. C'est lui qui s'était ainsi occupé de la zaïranisation. Il devint milliardaire en dollar. À cause d'une grogne de la classe politique, Mobutu le déchargea en 1977 de son poste tout en maintenant de bonnes relations avec lui. Au même moment, un autre Tutsi monta en grade Kengo wa Dondo devenu président du conseil judiciaire. Né Léon Lobitsch, d'un père juif polonais et d'une mère tutsie rwandaise, il a grandi à Mbandaka avec Mobutu où sa mère s'était remariée. Après des études de droit en Belgique, Kengo fut nommé procureur général de la République par son ami Mobutu devenu président.

En 1980, Kengo devint premier ministre. Il sera encore deux autres fois dont la dernière en 1994 en pleine guerre du Rwanda comme caution pour permettre au Front patriotique rwandais dont on dit qu'il était un grand financier d'accepter Mobutu comme médiateur Bisengimana et Kengo ont non seulement fourni la grande partie de l'argent que les Tutsis ont utilisé pour conquérir le pouvoir au Rwanda, mais ont aussi réussi à infiltrer des Tutsis dans l'administration, les services secrets et l'armée du Zaïre. Ainsi, les Tutsis ont pu savoir rapidement la maladie de Mobutu. Ils en ont profité pour organiser une révolte de mercenaires probablement avec la complicité du Premier ministre et assouvir ainsi leur rêve de conquérir le plus important pays d'Afrique noire. M. Kengo devra un jour expliquer comment le pays a pu être conquis par des gens qui ne sont même pas capables de fabriquer une cartouche.

Près de 5 millions d'innocentes victimes

Il est tout à fait étonnant de remarquer qu'on parle beaucoup du génocide rwandais qui a fait plus de 500 000 morts et pas du génocide au Congo-Zaïre qui en a fait près de 10 fois plus et organisé en grande partie par le gouvernement rwandais dont les membres se plaignent d'avoir souffert du génocide : l'opinion internationale est telle qu'on a beau avoir une cause juste, mais si on ne la publicise pas, elle est considérée comme inexistante. Le gouvernement actuel du pays ne parle pas beaucoup des victimes d'une guerre à laquelle ont participé la plupart de ses membres.

Dès le début, les envahisseurs ont tenu à détruire tout ce que les populations considéraient comme sacré. Ils ont commencé par s'attaquer à l'Église catholique dont se réclame la majorité de la population et les chefs coutumiers et ont réservé un traitement inconnu dans la région à des femmes. En octobre 1996, les armées tutsies ont assassiné Mgr Munzihirwa, ancien supérieur des Jésuites pour l'Afrique centrale, archevêque de Bukavu, opposant farouche au régime de Mobutu et qui dénonçait les visées hégémoniques des Tutsis sur la province du Kivu. Son successeur, Mgr Kataliko a été relégué dans sa ville natale de Butembo où il aurait été empoisonné alors que plusieurs prêtres, religieux et religieuses, ainsi que des pasteurs protestants ont été tués. Les envahisseurs se sont aussi attaqués aux chefs coutumiers très respectés par les populations locales. Plusieurs sont morts et d'autres combattent aujourd'hui dans la clandestinité les occupants de leur territoire.

Des villages entiers ont été rasés sous prétexte que leurs habitants soutenaient les résistants Mayi-Mayi. Dans le village de Kasika, des femmes enceintes ont été éventrées pour sortir des bébés et les autres ont été enterrées vivantes après leur avoir pimenté et salé les parties intimes. Jamais dans la région, on ne s'était pris autant aux femmes en période de guerre. Aujourd’hui, on a dû ouvrir des cliniques spécialisées pour réparer les organes génitaux des femmes abîmés par les soldats violeurs comme l’ont souligné des reportages de la télévision belge et de la télévision de Radio-Canada. La ville de Kisangani qui fait le trait d'union entre l'Est et l'Ouest du pays grâce au fleuve et qui pourra un jour devenir le point de relance de reconnection entre le pays et les autres pays de la vallée du Nil dont l'Égypte et le Soudan a été transformée en champ de bataille entre l'armée du Rwanda et de l'Ougada qui se disputaient ses richesses sans tenir compte de la présence des populations civiles. Selon des ONG américaines et des spécialistes de la région, cette folie meurtrière avait déjà fait plus de deux millions de morts en 2000. Que faut-il encore pour que la communauté internationale s'intéresse au malheur de ces innocentes populations ? C'est en partie pour manifester le désespoir de ces populations de l'Est du pays et pour plus de démocratie que des enfants soldats, originaires de la région et gardes du corps de M. Kabila, ont décidé de la liquider comme l’a souligné un article du journal français Le monde le 20 février 2001.

On dit souvent que les mobutistes ont eu peur d'un Mobutu mourant, ouvrant ainsi la voie à l'aventure de Kabila alors qu'on aurait pu faire fonctionner les institutions pour destituer Mobutu et l'envoyer mourir tranquillement dans son village. Les kabilistes, quant à eux, ont fait pire: ils ont eu peur de Kabila, même mort, au point de le faire remplacer, en véritables émules de Duvalier et de Kim Il Sung, par son fils adoptif qu'on dit d'origine tutsie rwandaise. Joseph Kabila s'est donc retrouvé à 29 ans sans expérience chef d'État d'un pays dont il ignorait tout : on ne pouvait pas attendre des miracles de lui ni de son gouvernement d'union nationale dont plusieurs membres n'ont même pas fait allégeance au pays.

Il faut réouvrir les listes de candidatures, réduire la caution de 50 000 $ à 5 000 $ et intégrer l’UDPS dans le processus électoral pour qu’il soit crédible

La seule chose qu'attend le peuple pour se tirer de cette fâcheuse situation c'est l'organisation des élections libres et démocratiques. Mais ce n'est pas une opération très facile dans un pays qui n'a connu de vraies élections qu'à son indépendance en 1960 et qui est entouré de plusieurs régimes politiques habitués à truquer les élections, soit en bourrant les urnes ou en intimidant militairement les populations. Le gouvernement actuel tente d’organiser des élections non transparentes qui peuvent mener à une véritable guerre civile: si la majorité de la population n’a pas beaucoup protesté jusqu’à présent c’est tout simplement puisque elle pensait trouver des élections qui permettraient d’écarter les mobutistes et les chefs de guerre à la base de la situation dramatique actuelle du pays. Même les évêques catholiques dans leur message du 4 mars 2006 souhaitent de nouveaux dirigeants pour un nouveau Congo. La procédure actuelle pour les élections est viciée : elle impose un droit d’inscription pour une candidature à la présidence dont le montant de 50 000 $ n’est exigé nulle part au monde, et surtout pas dans un pays parmi les plus pauvres du monde. C’est une mesure anti-démocratique destinée à écarter de la course des dirigeants crédibles de la société civile qui n'ont pas d'argent comme les mobutistes qui se servent dans les caisses de l'État. Les candidats recalés pour des questions financières risquent d'être tentés de prendre les armes qui sont devenues le seul moyen de s'enrichir et d'être respecté dans le pays. On pourrait exiger un droit d’inscription que des gens peuvent obtenir par les cotisations de leurs sympathisants ou membres de leurs partis politiques. Un montant de 5 000 $ serait raisonnable. M. Kabila a soutenu dans une interview qu'il n'était pas favorable à la caution de 50,000 $. Il est temps qu'il demande à ses partisans de l'annulées. Une autre mesure malhonnête a été d’avoir un délai pour poser les candidatures de moins d’un mois. Faut-il signaler que dans toutes les démocraties du monde, les listes électorales sont clauses tout au plus un mois avant les élections. D'aucuns pensent que ces mesures donneront lieu à un trop grand nombre de candidats à la présidence. Il est à signaler qu'au Bénin, un pays que je connais très bien, qui est considéré aujourd'hui comme le modèle de la démocratie en Afrique et dix fois moins peuplé que le Congo-Zaïre, il y a eu 26 candidats à la dernière élection présidentielle. Pour soutenir la comparaison avec le Bénin, il faudrait qu'il y ait au moins 200 candidats à la présidence au Congo-Zaïre. On ne pense pas que celà pourra se produire. La candidature à la présidence peut s'inscrire dans un processus de défoulement collectif, d'appaisement social et politique après une guerre dévastatrice. Comme aujourd’hui, la date du 18 juin 2006 qui avait été prévue pour les élections ne pourra plus être respectée, les inscriptions des candidatures doivent être considérées comme caduques ou en réserve en attendant de donner un autre délai en rapport avec les nouvelles dates d’élections. Il faut aussi se demander quelle sera la crédibilité des élections auxquelles ne participera pas l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) de M. Tshisekedi, le plus grand parti d’opposition qui avec le mouvement de résistance de l’Est du pays forme le plus courant politique endogène et largement majoritaire dans le pays. Pour avoir des élections crédibles, il faut donc réouvrir les listes de candidatures, diminuer la caution pour la candidature à la présidence et intégrer l’UDPS dans le processus. Tout ceci peut être décidé par le parlement de transition qui devra être convoqué bientôt pour prolonger une toute dernière fois la transition de tout au plus 5 mois, le temps d’organiser une élection transparente. Compte tenu de la mauvaise foi du gouvernement actuel, il faut créer un rapport de force favorable au peuple pour obtenir la rectification du processus électoral. L'Église catholique, la plus importante organisation sociale du pays, qui dénonce l'iniquité du processus électoral devra s'engager sérieusement. Mgr Monsengwo dans une brillante interview au journal La libre Belgique a affirmé qu'une pétition de 4 millions de signatures à Kinshasa lui avait demandé de poser sa candidature à la présidence. C'est une marque de confiance en sa personne, mais surtout en l'Église qui reste le seul rempart pour la dignité d'un pays où la classe politique est inconsciente. L'Église devrait mobiliser au moins la moitié de ses personnes qui ont signé la pétition pour occuper les rues de Kinshasa et réclamer des changements dans le processus électoral. Certaines personnes et le gouvernement actuel font courir le bruit que ce gouvernement de facto a la confiance aveugle de la communauté internationale. Ayant eu l'occasion de travailler avec plusieurs gouvernements occidentaux, je sais que ces pays sont très sensibles aux changements de rapport de force et sont près à soutenir le peuple congolais si il se montre organisé. C'est une situation qu'on a déjà connu dans des pays comme la Pologne ou les Philippines. La présence d’une force internationale de l’Union européenne que nous avions suggérée peut être intéressante pour éviter les exactions des soldats et milices à Kinshasa. Il faut aussi envoyer une autre partie de l'Union Européenne à l'Est du pays pour éviter les interférences du Rwanda et de l'Ouganda dans les élections.

On se souviendra que les Belges n'avaient pas préparé le pays à l'indépendance et ne croyaient pas à de vraies élections en 1960. Ils ont été surpris par la maturité du peuple qui a élu même des gens hors de leur province d'origine comme le futur premier ministre Patrice Lumumba né au Kasaï, fut élu député de Kisangani dans la province Orientale. Il faudrait organiser les partis politiques de telle manière qu'ils aient une assise nationale et qu'il y ait suffisamment de femmes et de personnes des différentes ethnies parmi les candidats en position éligible. Il faut aussi trouver une façon de représenter les minorités ethniques pour éviter des réactions qui peuvent aboutir à des guerres civiles. Les élections sont un moyen de protection des populations de l'Est du pays qui ont souffert de la guerre et qui avec plus de 40 % de la population pourront déterminer l'issue des élections nationales comme l'avait déjà compris Lumumba en 1960. Ce qui obligera tous les partis à tenir compte de leurs intérêts. Il est souhaitable qu'un futur gouvernement ait des assises populaires à Kinshasa et si possible dans les provinces limitrophes de Bandundu et du Bas-Congo. L'axe Est-Ouest devra devenir comme le grand fleuve, la pierre angulaire de l'unité nationale. Les pays amis et la communauté internationale devront comprendre que utiliser tous les moyens possibles pour organiser rapidement des élections permet au pays de se reprendre en main et de se passer de l'aide internationale qui pourra être affectée à d'autres pays qui en ont plus besoin. Il faut une force internationale pour assurer la sécurité des élections.

Le plus grand potentiel économique de l'Afrique

Le Congo-Zaïre dispose du plus grand potentiel économique de tout le continent africain. On y trouve la plus grande quantité de terres cultivables du continent au-dessus du sous-sol le plus riche qui a produit l'uranium à la base de la première bombe atomique américaine et d'autres minerais comme le coltan récemment découvert sans oublié l'or, le diamant et le pétrole.

Sa forêt est la plus importante du continent: un documentaire de la BBC a récemment prouvé que des nuages issus de la forêt équatoriale congolaise se changent en pluie au-dessus des hauts plateaux éthiopiens formant ainsi un lac qui déverse ses eaux qui forment le Nil bleu à l'origine des crues qui fertilisent l'Égypte alors que les neiges éternelles du Ruwenzori entre le Congo et l'Ouganda font couler dans la forêt équatoriale congolaise une eau qui alimente des lacs et des rivières qui régularisent le débit du Nil blanc pour lui permettre de traverser le désert. On dit souvent que l'Égypte est un don du Nil, il faudrait désormais y ajouter que le Nil est un don du Congo, pays qui a aussi les sites touristiques les plus variés du continent. Le pays dispose du port de Matadi sur l'Atlantique est partenaire avec la Tanzanie dans le port de Kigoma qui permet grâce au chemin de fer d'atteindre le port de Dar-es-Salam sur l'océan Indien.

Le potentiel hydro-électrique du pays est estimé à 40 % de la capacité africaine, surtout grâce au fleuve Congo qui symbolise l'unité du pays qui prend sa source dans le lac Tanganyika à l'est du pays au Katanga et au Kivu près de l'océan Indien et qui se jette dans l'Océan Atlantique à l'ouest en mettant en contact différentes brillantes civilisations qui ont germé depuis des millénaires.

Les ressources humaines plongent leurs racines dans ces brillantes civilisations et sont issues d'un peuple de plus de 60 millions d'habitants parmi les plus alphabétisés d'Afrique à plus de 60 % et constituant le deuxième pays francophone du monde.

De brillantes civilisations millénaires

En 1958, des chercheurs belges ont découvert à Ishango à l'Est du pays, sur deux morceaux d'os un système de calcul vieux de plus de 8000 ans considéré comme le plus vieux du monde et ayant été transmis à l'Égypte pour servir dans la construction des pyramides

L'est du pays s'est plus tard intégré à d'autres civilisations dont certaines entretenaient des relations commerciales avec toute l'Afrique de l'Est et même avec l'Asie et ont contribué au développement du Swahili, une langue bantu, la langue autochtone la plus parlée en Afrique et ayant récemment été admise comme langue de travail à l'Union africaine.

À l'Ouest du pays, le royaume du Congo avait établi depuis le 15e siècle des relations diplomatiques avec le Portugal et le Vatican. Le petit fils du roi du Congo Don Henrique fut sacré évêque en 1518 par le pape Léon X, de la fameuse famille Médicis qui importait déjà du Congo des objets en ivoire, des tapis et des tissus. Ces relations furent détruites par la honteuse Traite négrière qui a créé le préjugé de couleur, le racisme institutionnel et un traumatisme dont l'Afrique et sa diaspora souffrent encore. Des esclaves issus du royaume du Congo ont créé avec d'autres à Congo Square à la Nouvelle-Orléans les bases de la musique américaine moderne qui a conquis le monde en mélangeant des rythmes africains aux cantiques chrétiens pour donner naissance aux Blues, au Jazz et au Gospel.

Les ressemblances, surtout en matière de chiffre, entre le Kikongo et le Swahili comme Moja ou Mosi 1, Bole ou Mbili 2, Tatu 3, Tano 5 et Kumi 10 prouvent qu'il y a toujours eu des relations entre l'est et l'ouest grâce au grand fleuve navigable, surtout à partir de Kisangani

Kinshasa la capitale, la métropole la plus détribalisée d'Afrique a développé en terre de Kikongo, le Lingala, une langue issue de la province de l'Équateur au nord du pays et qui a donné naissance à la musique africain moderne.

Le Tshiluba, langue du Kasai au centre qui avait été celle d'un grand royaume Luba a des mots en commun avec des langues de l'est et de l'ouest du pays. Tout ceci prouve qu'il y a plus de ressemblance que de différence entre les plus de 400 ethnies du pays ce qui a permis au pays de rester uni au moment où certains voulaient sa destruction

Une forte identité nationale

Dans une interview à Jeune Afrique, M. Kabila a donné des réponses qui prouvent qu’il n’a pas beaucoup appris sur l’identité du pays. Il a traité le Lingala d’une langue tout à fait ordinaire qu’il n’est pas nécessaire de connaître pour diriger le pays alors que c’est la langue de la capitale et qui en fait la métropole la plus détribalisée d’Afrique en réunissant sur le territoire Kongo des personnes de différentes origines avec une langue nouvelle issue de la province de l'Équateur. Le Lingala est depuis le Congo Belge la langue principale de l'armée. Il est aussi le véhicule principal de la musique du Congo-Zaïre qui est devenue la musique de l'Afrique moderne qui contribue au rayonnement du pays. Le Lingala constitue avec le Swahili les deux langues non ethniques et les plus répandues au pays. On sait que Mobutu ne s'étais jamais intéressé aux autres langues du pays et notamment au Swahili. Ce n"est pas une raison pour qu'un autre président ne prenne pas au sérieux la deuxième langue du pays. Dans l'avenir, un président devrait être capable de parler couramment deux des quatre langues nationales et être capable de lire un discours dans les autres langues. Le Congo-Zaïre aurait aussi intérêt à fournir des interprètes français-Swahili à l'Union africaine qui a reconnu le Swahili comme langue de travail. Il faut faire la promotion de toutes les 4 langues nationales et les fonctionnaires devront en maîtriser certaines pour travailler correctement dans leurs zones d'influence. Au Canada, une dame très riche a dû récemment renoncer à sa candidature à la présidence du parti Libéral du Canada parce qu'elle ne maitrise pas la deuxième langue officielle du pays, le Français. M. Kabila a aussi minimisé l’importance de l’Église catholique qui est pourtant la plus importante organisation sociale du pays qui a pris la place de l’État dans le domaine social où il est presqu’inexistant. Le fait que M. Kabila dise qu’il n’a jamais été comme président au Nord Katanga, province d’origine de son père, soulève aussi des doutes.

Les envahisseurs ont été surpris de remarquer que le pays n'a pas éclaté: il a une forte identité nationale qui n'est pas toujours apparente née de la lutte contre la colonisation, basée sur l'égalité de plus de 400 ethnies, renforcée par plusieurs épreuves et cimentée par le sacrifice suprême de héros nationaux dont le prophète Simon Kimbangu, le premier Africain à avoir demandé l'indépendance en 1921, fondateur d'une religion qui a plus de 10 millions de fidèles, mort en 1952 après 30 ans dans une prison du Congo belge. Kimbangu est considéré comme l'ancêtre de la nation congolaise. Patrice Lumumba, chef du gouvernement à l'indépendance, assassiné pour avoir voulu maintenir l'unité de son pays est le père de la nation. Son disciple Jean-Pierre Finant, président de la province orientale en 1960, de père belge et père de la regrettée chanteuse Abéti, a sauvé l'unité du pays en refusant avec M. Miruho, alors Président du Kivu, l'offre de se joindre à la Sécession katangaise organisée par des groupes belges. Il fut assassiné pour avoir dénoncé le premier coup d'état de Mobutu en septembre 1960. La Bienheureuse soeur Anuarité, sainte patronne du pays a été tuée durant la guerre civile de 1964 pour avoir refusé les avances sexuelles d'un chef rebelle. Elle a été béatifiée par le pape Jean-Paul II en 1984 et a donné une personne de référence au plus grand pays catholique d'Afrique où on doit réapprendre le sens de l'honneur et de l'engagement qui a développé son rite catholique particulier élaboré par le cardinal Malula et approuvé par le Vatican en 1986 et où on baptise avec des prénoms africains. Les archevêques Munzihirwa et Kataliko, tués durant l'absurde guerre actuelle font déjà partie des héros de la nation et leur sacrifice a poussé les peuples de l'Est du pays à résister contre l'occupation étrangère malgré l'abandon du gouvernement de Kinshasa et à maintenir ainsi l'unité du pays. Le Congo-Zaïre dispose d'une identité nationale forte, des ressources humaines capables de créer une confiance en soi indispensable au développement économique surtout avec l'énorme potentiel à condition d'avoir un gouvernement démocratiquement élu, capable de former une forte armée nationale pour assurer la sécurité du territoire et incarnant les inspirations du pays destiné à devenir un modèle pour toute l'Afrique.

 

Les archevêques Kataliko et Munzihirwa, deux martyrs qu'il faut honorer en organisant des élections transparentes

 

D'autres grands pays et grands peuples ont eu cours de leur histoire des dirigeants incompétents et inconscients qui ont permis une occupation étrangère. C'est le cas de la Chine, de la Russie et de l'Inde avec les aventuriers mongols. On peut citer aussi le cas de l'Allemagne qui était tombée sous les bottes d'un caporal autrichien nommé Hitler qui l'a envoyée dans des aventures meurtrières dont l'occupation de la France qui s'est redressée grâce à la clairvoyance d'un homme comme De Gaulle assisté du Guyanais Félix Éboué qui lui a rallié la première armée et le premier territoire le Tchad dont il était gouverneur. Tous ces pays se sont redressés et ont créé de brillantes civilisations après ces terribles et honteux événements. Souhaitons la même chose au Congo-Zaïre.